Samedi 18 octobre 2025, nous étions à Spézet (29540) où Claire Arlaux, présidente de l’association Sauvegarde du Patrimoine spézetois et auteur de nombreux livres sur le patrimoine breton, nous a accueillis et fait visiter la chapelle Notre-Dame du Krann.
D’après la tradition, le seigneur Bernard du Chastel, qui avait accompagné saint Louis à la croisade, aurait promis d’élever un sanctuaire sur ses terres s’il échappait à la peste qui frappait ses compagnons. Un premier oratoire fut construit au XIIIe siècle entre trois bois (d’où le nom du Krann, qui signifie forêt en breton). La chapelle actuelle date de 1535, comme en témoigne l’inscription de fondation.



Ce qui frappe d’abord en pénétrant dans l’édifice, c’est la largeur de la nef, ainsi que le nombre, la taille et la beauté des vitraux. Le seigneur du Chastel avait rapporté de Terre sainte plusieurs reliques (dont des cheveux et des ossements de la Vierge, des fragments de la croix du Christ et de son sépulcre, des os de plusieurs saints…) qui attiraient les fidèles en grand nombre, ce qui contribuait à la richesse du sanctuaire.
Dans le chœur, deux retables à trois étages en bois polychrome, datés de la deuxième moitié du XVIe siècle, encadrent le maître-autel : Notre Dame à gauche, la Sainte Trinité à droite (la fête de la Trinité est le jour du grand pardon de la chapelle).


Les sept vitraux principaux ont été réalisés entre 1546 et 1550 par des verriers régionaux, dont l’atelier quimpérois Le Sodec. Ils sont classés aux Monuments historiques depuis 1902.
Bas-côté nord : le baptême de Jésus


Transept nord : le vitrail de la Nativité (1546, restauré en 2022 par les maîtres-verriers Claire Babet et Emma Groult) se présente en deux parties : en haut, l’adoration des bergers ; en bas, l’adoration des rois mages.
Bras nord : le vitrail de saint Laurent (1548). Le saint est représenté sur le gril de son martyr.





Maîtresse vitre : le vitrail de la Passion (avant 1573, restauré par l’atelier Le Bihan de Quimper). La lecture se fait de bas en haut et de gauche à droite, de l’entrée de Jésus à Jérusalem jusqu’à sa résurrection.




Bras sud : le vitrail de saint Jacques (1548) raconte la translation du corps du saint jusqu’au champ des étoiles (Campo Stellae) en Espagne. La chapelle se trouve sur le chemin du pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle pour les pèlerins venus du nord de la Bretagne.

Transept sud : vitrail de la Dormition et du Couronnement de la Vierge (vers 1540)


Bas-côté sud : le vitrail de saint Eloi (1550) : selon la légende, le saint ferre un cheval dont il a coupé le pied.

Dans l’oculus au-dessus de la porte principale, à l’ouest, le vitrail de la Résurrection est un remploi d’un vitrail du XVe siècle, appartenant sans doute à une chapelle disparue, remonté par l’atelier Albert Bonnot de Paris vers 1912.

Enfin, dans le bas-côté nord, le vitrail art nouveau composé de motifs floraux a été créé en 1912 par l’artiste et maître-verrier bretonne Anna Saluden.


Le grand pardon de la chapelle du Krann a lieu le dimanche de la Sainte-Trinité (le dimanche qui suit celui de la Pentecôte). À cette occasion, les fidèles confectionnent et offrent à la chapelle une grande motte de beurre sculptée. Le pardon du Krann est le dernier à maintenir cette tradition qui était jadis pratiquée dans d’autres paroisses de Bretagne.
Sources :
- Claire Arlaux : La chapelle de Notre-Dame du Krann à Spézet. – Gourin : Editions des Montagnes Noires, 2022.
- http://www.infobretagne.com/spezet-chapelle-notredameducrann.htm
- https://monumentum.fr/monument-historique/pa00090452/spezet-chapelle-notre-dame-du-crann
- Chanoine H. Pérennès : La Chapelle de Notre-Dame du Crann en Spézet. – Quimper : Imprimerie cornouaillaise, 1931.
