Les forges des Salles : un voyage dans le temps

Situé entre Perret (22570) et Sainte-Brigitte (56480), près du lac de Guerlédan, le village sidérurgique des forges des Salles représente un patrimoine industriel unique niché dans un écran de verdure. C’est un site incontournable pour une visite touristique en Centre Bretagne.

Historique

Entre 1621 et 1623, le duc Henri II de Rohan fit construire des forges dans un vallon de la forêt de Quénécan, utilisant la technologie de la fenderie née à Liège quelques décennies plus tôt, ce qui en fait un complexe industriel très moderne pour l’époque. Le lieu est choisi en raison de la présence sur place de minerai de fer, de forêts pour fabriquer le charbon de bois et d’eau pour laver le minerai et actionner les roues à aubes servant au travail du métal.

En 1802, le comte de Janzé rachète les forges des Salles au duc de Rohan. Les forges sont modernisées au XIXe siècle qui voit l’apogée de la production de fonte et de fer, avant le déclin inexorable (dû à la concurrence des forges à coke de Lorraine ou d’Angleterre) et l’arrêt de la production en 1877. Le site demeure cependant habité par les descendants des ouvriers restés sur place, reconvertis dans l’entretien de la forêt : le café-épicerie ferme en 1954, l’école en 1968, et les derniers habitants partent en 1980.

Belles endormies pendant plusieurs décennies, restées pratiquement en l’état, les forges des Salles ressuscitent au début des années 1990 après la thèse de doctorat de Jean-Yves Andrieux [1]. Cet universitaire convainc le propriétaire d’alors, Jacques du Pontavice, héritier des comtes de Janzé, de l’importance historique de son domaine et de l’intérêt de sa préservation. À l’initiative des propriétaires du site et des descendants des anciens forgerons, une Association des Amis des Forges des Salles est créée afin d’entretenir les bâtiments et d’assurer une ouverture au public. Le succès est au rendez-vous dès la première année.


Aujourd’hui : l’Association des Amis des Forges des Salles

L’intégralité des recettes produites par les entrées du public est réinvestie dans l’entretien du domaine et la sauvegarde des bâtiments. Au fil des années, des milliers de mètres carrés de toitures en ardoise au faîtage en lignolets [2] ont été restaurés, des murs consolidés, des fenêtres remplacées, des ronces arrachées, des jardins reconstitués, des parcours fléchés. Le site étant inscrits au titre des Monuments historiques, tous les travaux sont surveillés par les architectes des Bâtiments de France. L’Association reçoit des aides de la Région et du Conseil général du Morbihan. Stéphane et Emmanuelle du Pontavice, les propriétaires actuels, adhèrent à la Demeure historique, association des monuments et jardins historiques privés, et participent au réseau Audacieux du Patrimoine rassemblant des propriétaires-gestionnaires de monuments historiques familiaux qui développent des activités économiques durables.

Ouvertes au public chaque week-end de mai à novembre, et tous les jours en juillet et août, les forges des Salles ont enregistré jusqu’à 15.000 visiteurs par an avant le covid : descendants d’ouvriers ayant travaillé sur place, touristes français et étrangers, groupes du troisième âge, scouts, voyages scolaires…

Présentation du lieu : les bâtiments, les habitants

Exemples parfaits du patronat paternaliste des XVIIIe et XIXe siècles, les forges se présentent comme un véritable village, une petite société capable de vivre en autarcie. De part et d’autre du site s’élèvent les habitations du personnel. Orientée vers le nord, la rangée des forgerons date vraisemblablement du XVIIIe siècle ; elle est composée de 12 habitations identiques en schiste local, recouvertes d’un même toit d’ardoise, qui abritaient les ouvriers et leur famille. Face au sud, six maisons plus confortables à un étage, avec jardin et verger, accueillaient les contremaîtres et les commis.

Au centre trône la majestueuse maison du maître des forges, bâtie au XVIIIe siècle mais remaniée au XIXe et au XXe siècles (ajout de l’aile droite). Elle est actuellement occupée par Monsieur et Madame du Pontavice, les propriétaires du domaine.

À l’est du château, sur la colline, s’étage un jardin d’agrément en terrasses appelé Thabor (en référence, sans doute, au mont Thabor dans le Sinaï), au sommet duquel se trouve une charmante bâtisse, orangerie à l’origine, convertie désormais en maison d’hôte. De là-haut, la vue s’étend sur l’ensemble du site.

Les ateliers de fabrication et de transformation du fer se trouvent au fond de la vallée, à proximité du ruisseau, le Pont Lann, qui alimentait en eau les machines hydrauliques servant à actionner le haut-fourneau, l’affinerie, la chaufferie, le bocard ou la fenderie (pas moins de dix roues à aubes ou à augets, aujourd’hui disparues). Le cours d’eau n’ayant pas un débit suffisant pour alimenter les machines toute l’année, la production s’arrêtait en été, entre juin et octobre. Si la cheminée en brique du haut-fourneau a été démontée, le bâtiment qui l’abritait demeure, de taille impressionnante, avec son chemin de fer qui amenait par wagonnets le charbon de bois et le minerai, stockés dans des halles, jusqu’au gueulard où des ouvriers déversaient les matières premières dans le brasier.

À côté du haut-fourneau, se trouve la moulerie où l’on fabriquait toutes sortes d’objets en fonte : chaudrons, marmites, ancres de bateau, socs de charrue, parfois aussi boulets de canon pour l’arsenal de Lorient. La fonte était aussi vendue sous forme de gueuse (masse de fonte brute) à l’arsenal de Brest ou au port de Lorient pour lester les bateaux.

Construite au XVIIe siècle selon un procédé très moderne pour l’époque, la fenderie permettait de chauffer, allonger et découper le fer pour en faire des plaques qui seraient transformées ensuite en fers à chevaux, bandes de charrettes et clous.

L’atelier du maréchal-ferrant présente encore la forge, l’enclume et les outils propres à ce corps de métier très important pour la vie de la petite communauté : outre le ferrage des chevaux, cet artisan faisait office de forgeron pour la fabrication et la réparation des machines et outils, et de taillandier pour les instruments coupants.

À droite de la maison du maître, l’atelier du charpentier était tout aussi fondamental, pour la fabrication et l’entretien des roues des machines hydrauliques, des manches à outils ou des charrettes.

D’autres bâtiments toujours visibles sur le site servaient à la vie quotidienne de la petite société, comme le four à pain. La cantine faisait office de débit de boisson, d’auberge pour les visiteurs de passage, de salle des fêtes pour les noces et les baptêmes, et d’épicerie-mercerie pour les ménages. Proche de la maison des maîtres, la régie était le bureau où les ouvriers venaient percevoir leur salaire. Une école fut créée en 1833, suite à la loi Guizot, dont l’instituteur était pris en charge par le maître des forges. Elle pouvait accueillir garçons et filles, mais l’enseignement n’était pas obligatoire. À la fin du XIXe siècle, la congrégation des Filles du Saint-Esprit installa trois religieuses comme enseignantes. Une chapelle, desservie par un chapelain payé par les forges ou par le curé du village voisin, servait au culte pour l’ensemble des habitants.

Les forges des Salles occupaient aussi beaucoup de monde dans les villages alentours. Il y avait d’abord les mineurs qui exploitaient les filons de minerai de fer qu’on trouvait en nombre dans la région. Dans la forêt de Quénécan, les bûcherons coupaient le bois que les charbonniers, vivant dans des huttes rudimentaires avec femme et enfants, transformaient en charbon. Les sactiers assuraient le transport du charbon et du minerai jusqu’aux halles des forges. Il y avait aussi les sabotiers, les agriculteurs, les meuniers…

Les récentes réalisations

– Les forges des Salles ont servi de décor au film Rosalie de Stéphanie Di Giusto, présenté au Festival de Cannes 2023, avec Nadia Tereszkiewicz et Benoît Magimel dans les rôles principaux.

– Le dimanche 21 juin 2023, la Fête des Forges des Salles a accueilli près de 700 visiteurs pour des visites guidées du site, mais aussi des animations telles que tonte de moutons à l’ancienne, travail du sabotier, du vannier et du rémouleur, apiculteur, buvette, dégustation de crêpes…

– Les mêmes artisans, accompagnés de musiciens, viendront animer les Journées du Patrimoine, dimanche 17 septembre 2023, et un boulanger cuira du pain à l’ancienne dans le four à pain des forges.

– Afin de profiter pleinement de la visite des forges et de tous les agréments qu’offrent la forêt de Quénécan et le lac de Guerlédan tout proche, il est possible de loger sur place. En effet, Stéphane et Emmanuelle du Pontavice ont mis en place des hébergements tout à fait insolites : cabanes perchées dans les arbres ou sur pilotis au bord de l’étang, petit nid d’amour dans l’Orangerie des forges ou encore maisonnette bretonne « Chez Manu ». Pour en savoir plus :  https://www.hebergement-quenecan.fr/fr

Renseignements pratiques, contacts et réservations :

Adresse : Forges des Salles 22570 PERRET

Tél. : (+33) (0) 2 96 24 94 85

Mob. : (+33) (0) 6 19 60 55 10

Email : lesforgesdessalles@gmail.com

Site web : https://www.lesforgesdessalles.fr/

Visites de groupes sur demande. Ouvert au public du 1er mai au 30 novembre tous les week-ends de 14h à 18h30, et tous les jours de 14h à 18h30 en juillet et en août. Prix d’entrée : 7,50 €, gratuit pour les moins de 10 ans.


[1] Jean-Yves Andrieux. Pour une archéologie industrielle de la Bretagne : recherches sur les forges (du milieu du XVIIe au milieu du XXe siècle) dans le département des Côtes-du-Nord. Thèse de doctorat en histoire, Université Rennes 2, 1986.

[2] Lignolets : faîtage constitué d’ardoises découpées et entrecroisées, assurant à la fois l’étanchéité et l’esthétique du toit

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