
Le jeudi 25 mars 2021, les membres de l’Association des Journalistes du Patrimoine (A.J.P.) étaient conviés à la découverte du château de Kerjean, 29440 Saint-Vougay, en Finistère, et de son exposition annuelle intitulée En terre inconnue ? Le monde au 15ème siècle, qui ouvrira au public dès que la situation sanitaire le permettra. Le château en lui-même valant déjà qu’on s’y attarde, nous vous parlerons de l’exposition dans un prochain article.

Le château de Kerjean a été bâti à la fin du XVIème siècle par la famille Barbier. De style Renaissance, c’est un édifice de prestige et d’agrément, mais aussi une forteresse nantie de l’équipement militaire le plus perfectionné de son temps, pour répondre à l’insécurité ambiante. En effet, l’époque est aux guerres de religion, et le château se situe sur un axe stratégique. En 1618, Louis XIII élève le domaine en marquisat. Les Barbier ont droit de haute justice, comme l’indiquent les trois poteaux de justice qui s’élèvent encore sur le domaine, et leurs terres couvrent près de 900 hectares, si on se fie à la taille du colombier construit en 1599 (le nombre de pigeons qu’on pouvait élever était fonction de la surface occupée).
Au XVIIe siècle, le domaine de Kerjean subit une éclipse avant d’être réhabilité au XVIIIe siècle par la famille Coatanscour. On mène un train de vie fastueux, jusqu’à la Révolution : la dernière marquise est guillotinée à Brest en 1794.

Vendu comme bien national, le domaine est acquis par la famille Brilhac qui démantèle le château en vendant des matériaux. Finalement racheté par l’Etat en 1911, il est aussitôt classé au titre des Monuments historiques.
Propriété de l’Etat, le château de Kerjean a été mis à la disposition du Conseil général du Finistère. Il est administré par un établissement public de coopération culturelle (EPCC), les Chemins du patrimoine en Finistère, qui gère quatre autres sites patrimoniaux : l’abbaye du Relec, l’abbaye de Daoulas, le domaine de Trévarez et le manoir de Kernault.

Autour du gisant en granit de Jean Barbier, seigneur de Kerjean, nous sommes accueillis par la directrice, Anne-Flore Marziou, assistée des deux commissaires de l’exposition, Edith Joseph et Sabrina Bisson. Le gros des troupes de l’A.J.P., que Clara Jacquin, chargée des relations presse, est allée chercher à la gare de Brest, nous rejoint peu après. La visite de l’exposition est suivie d’un déjeuner pris dans la grande salle de réunion, avec tous les gestes barrière comme il se doit, puis nous commençons l’exploration du château, guidés par Mme Marziou et par Noémie Cartiaux, chargée de médiation.

Nous nous attardons dans la chapelle haute qui abrite plusieurs belles statues (un Christ flagellé, un saint Sébastien, deux saint Antoine…) La voûte en berceau, en bois, est remarquable, avec ses deux grandes poutres à engoulant (gueules de dragons). À l’origine, elle était peinte de couleurs chatoyantes. En surplomb des sablières, historiées à la mode bretonne, figurent les 4 évangélistes, reconnaissables aux figures d’animaux ou d’ange qui leur sont associés, et Marie-Madeleine portant un flacon de parfum. Un dispositif ingénieux permet de scruter les sculptures des sablières, dont des grotesques et les armoiries de la famille Barbier. En hauteur, une large fenêtre grillagée (qui ne donne plus sur aucune pièce à présent) permettait à la famille seigneuriale de suivre la messe sans se mêler au peuple.

De la chapelle, une terrasse traverse la cour pour accéder à l’appartement du chapelain, dans une tour d’angle. Nous parcourons des salons où sont exposés de beaux meubles de la région du Léon (coffres, lits clos et armoires). Le plus ancien est un coffre du XVe siècle.

Au rez-de-chaussée de l’aile droite, une magnifique cuisine à deux cheminées servait à la confection des repas du personnel. Elle est ornée de casseroles en cuivre et de poteries. Un dispositif ingénieux au bas du mur permettait d’évacuer les eaux usées. Par une fenêtre percée dans la paroi, l’intendant, dont le bureau était contigu, pouvait surveiller les cuisiniers et les marmitons.
On visite aussi une « petite » salle à manger ornée d’une fontaine en grès rose, où la famille seigneuriale prenait ses repas, une chambre garnie d’un lit à baldaquin, ainsi que les sous-sols où se trouvent le cellier et la cuisine des châtelains.

Ne manquez surtout pas de terminer la visite par un tour des remparts, des piliers de justice et du colombier. Le vaste parc (19 ha.) est ouvert au public.
Le château de Kerjean est aussi le théâtre d’animations nombreuses et variées dont nous espérons qu’elles ne seront pas perturbées par l’épidémie de Covid-19 : les 19 et 20 juin, les Journées de l’Archéologie ; le jeudi 22 juillet, le Grand Fest-noz pour les amateurs de danses traditionnelles ; le 30 juillet, Le chant de la rive, concerts de musique classique ; les 7 et 8 août, le Concours départemental du cheval breton et attelages ; du 26 au 28 novembre, le Noël des créateurs, exposition-vente de métiers d’art et de création ; du 20 décembre au 2 janvier 2022, Des histoires au château, animations pendant les vacances d’hiver. Pour plus de renseignements sur le château et sur les programmes culturels, cf. le site de Chemins du patrimoine en Finistère :
Chemins du patrimoine en Finistère (cdp29.fr)

Quant à l’exposition de cette année, En terre inconnue ? Le monde au 15e siècle, patience ! Nous allons faire un article complet sur cette manifestation.
Serge Biet
