Les ermitages

Une histoire de résurrection : la chartreuse de la Verne

Il y a plus de 40 ans, le rare voyageur à se risquer sur l’épouvantable chemin semé de nids de poule qui menait à la chartreuse de la Verne découvrait au terme d’un interminable voyage une belle endormie, des tas de pierres, de tristes ruines décrépites noyées dans la verdure. Ces ruines lui rappelaient que les chartreux qui avaient bâti là un monastère à partir de 1170 et y avaient prospéré pendant six siècles dans une studieuse solitude en avaient été chassés par la Révolution, leurs biens confisqués et vendus à l’encan. Les bâtiments conventuels étaient tombés en ruine et, pendant un siècle et demi, nul ne s’en était soucié.

Pourtant, en 1921, le site avait été classé monument historique. En 1961 encore, l’Administration des Eaux et Forêts, devenue affectataire du lieu, y avait installé un gardien après avoir fait quelques travaux de consolidation pour son logement.

Mais il fallut attendre la constitution d’une association de passionnés, les Amis de la Verne, en 1968, aidée du groupe « R.E.M.P.A.R.T. », pour qu’une étude préalable puis un repérage précis de toutes les pierres des ruines alentours soient les préalables indispensables à la restauration du lieu. S’ensuivirent alors des années de travaux acharnés, sous l’action conjuguée des Amis de la Verne, de l’administration des Monuments historiques, du département du Var, de la commune de Collobrières, sans oublier le mécénat privé puis, à partir de 1983, la communauté des moniales de Bethléem qui s’installèrent dans les anciens ermitages des chartreux.

Si le voyageur d’il y a quarante ans reprend le chemin qui mène à la Verne, il constatera d’abord que celui-ci a été regoudronné. C’est une jolie petite route qui serpente à travers les forêts de châtaigniers et de chêne-liège typiques du massif des Maures. Et au détour d’un virage, tel un diadème posé sur la colline, le monastère apparaît dans toute sa splendeur au sein de son écrin de verdure, rendu à son apparence d’avant la chute, ses toits de tuile tout neufs brillant au soleil. C’est une véritable résurrection !

On laisse la voiture sur un parking et on gravit à pied les derniers mètres jusqu’à l’entrée de l’abbaye, ménagée dans la tour sud-ouest, qui ouvre sur le comptoir de l’accueil et la boutique d’artisanat monastique.

On parcourt successivement la grange, la boulangerie (où le four à pain a été remis en service), l’huilerie (le moulin à huile le plus ancien du Var !), le cellier, la cuisine, le réfectoire, la salle capitulaire, le petit cloître, jamais achevé, aux arcades en serpentine, qui relie le réfectoire à la chapelle romane.

Au nord, le grand cloître (70 x 25 m), dont la galerie couverte donne accès aux 12 cellules des moines, est aussi le cimetière de la communauté : de simples croix en bois, sans inscription, portent la mémoire des défunts.

Il reste encore du travail à faire pour restaurer ce superbe ensemble : il y en aura toujours ! Alors, visiteur, touriste, pèlerin, laisse ton obole, honore par tes achats de produits monastiques ce lieu béni qui t’a accueilli, contribue à sa préservation dans la mesure de tes moyens, afin que dans quarante ans, comme dans plusieurs siècles, on puisse toujours prier à la chartreuse de la Verne et admirer ce bijou dans son écrin !

Pour plus de photos, allez voir mon reportage-photo sur mon site « Serge Montval » : https://montval.book.fr/galeries/chartreuse-de-verne/

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